La rétention par Israël des revenus fiscaux palestiniens prive les écoles de Cisjordanie
Une crise financière qui s’aggrave en Cisjordanie occupée — provoquée par la rétention répétée par Israël des revenus de l’Autorité palestinienne — sape maintenant l’un des piliers les plus fondamentaux de la société palestinienne : l’éducation publique. Avec des salaires d’enseignants réduits et des salles de classe fermées, une génération d’enfants palestiniens fait face à des interruptions scolaires dont les conséquences, selon les analystes, pourraient durer des décennies après la crise immédiate. Le mécanisme n’est pas nouveau, mais son ampleur et sa durée actuelles poussent un système déjà fragilisé vers l’effondrement.
Ce qui se passe
Israël contrôle la collecte des revenus douaniers et fiscaux générés par le commerce palestinien et l’activité économique — un arrangement fiscal codifié dans le Protocole de Paris de 1994, l’annexe économique des Accords d’Oslo. Ces fonds, connus sous le nom de revenus de compensation, sont légalement dus à l’Autorité palestinienne (AP) et constituent la plus grande source de revenus de l’AP, représentant généralement environ les deux tiers de ses revenus. Lorsqu’Israël retient ou déduit de ces transferts — comme il l’a fait à plusieurs reprises, et comme il le fait actuellement — la capacité de l’AP à payer ses propres employés et à fournir des services de base s’effondre.
Selon les reportages de Mondoweiss, l’actuelle vague d’étranglement financier a frappé le secteur de l’éducation avec une sévérité particulière. Les enseignants du système scolaire public de Cisjordanie ont vu leurs salaires réduits, et les cours ont été fermés alors que l’AP a du mal à maintenir les opérations de base. Il ne s’agit pas de perturbations marginales : l’éducation publique en Cisjordanie est le principal vecteur par lequel des centaines de milliers d’enfants palestiniens ont accès à la scolarité.
Qui est affecté
Le fardeau immédiat retombe sur les enseignants palestiniens — des agents publics dont les salaires sont payés directement par l’AP — et sur les élèves qui dépendent du fonctionnement des écoles. Lorsque les salaires ne sont pas versés ou sont réduits, les enseignants font face à des choix impossibles entre se présenter au travail et subvenir aux besoins élémentaires de leur propre famille. Lorsque les salles de classe ferment, les enfants perdent du temps d’instruction qui ne peut simplement pas être récupéré. Dans une société où le déplacement, les opérations militaires et les restrictions de mouvement imposent déjà des perturbations éducatives énormes, la fermeture des écoles en raison d’une crise financière provoquée ajoute une autre couche de préjudice.
Les conséquences à long terme sont ce qui rend cette crise particulièrement grave. Les chercheurs en éducation et les organisations de développement ont longtemps documenté que les interruptions prolongées de la scolarité — particulièrement pour les enfants plus jeunes — produisent des déficits mesurables et durables en littératie, en numératie et en participation économique future. La source note explicitement que les impacts de la crise actuelle pourraient durer une génération.
Le schéma plus large
Israël a utilisé la rétention des revenus de compensation comme un outil politique et punitif à plusieurs reprises. Les déductions passées ont été liées aux paiements de l’AP aux prisonniers palestiniens et à leurs familles — des fonds qu’Israël désigne comme des paiements aux « terroristes » — ainsi qu’aux initiatives diplomatiques palestiniennes à l’Organisation des Nations unies. Des organisations de défense des droits humains, notamment Al-Haq et Human Rights Watch, ont documenté cette pratique et l’ont caractérisée comme une forme de punition économique collective, ce qui soulève des questions sérieuses en vertu du droit humanitaire international, y compris les dispositions de la quatrième Convention de Genève protégeant la population civile d’un territoire occupé.
L’étranglement financier se produit également dans le contexte d’une économie de Cisjordanie déjà contrainte par des décennies d’occupation : les restrictions de mouvement, l’expansion des colonies sur les terres palestiniennes et la fragmentation du territoire palestinien suppriment tous la production économique et limitent la capacité de l’AP à générer des revenus indépendants. La dépendance budgétaire de l’AP aux revenus de compensation contrôlés par Israël est elle-même une caractéristique structurelle de l’occupation, non pas un accident.
Ce que disent les moniteurs et les sources primaires
Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA oPt) a à plusieurs reprises soulevé la crise budgétaire de l’AP dans ses rapports périodiques sur la situation humanitaire en territoire palestinien occupé, notant les effets en aval sur la santé, l’éducation et la prestation de services civils. B’Tselem, l’organisation israélienne de défense des droits humains, a documenté l’utilisation par Israël des leviers économiques pour contrôler la vie civile palestinienne. Al-Haq, l’organisation palestinienne de défense des droits humains, a situé ces mesures dans le cadre juridique plus large de l’occupation de belligérant et de ses obligations envers une population civile protégée.
À surveiller
Les questions critiques dans les semaines à venir concernent la durée et la réaction. La durée pendant laquelle Israël maintient le niveau actuel de rétention de revenus déterminera si la perturbation de l’éducation peut être récupérée à court terme ou si elle se cristallise en un déficit structurel. Le fait que la communauté internationale — les États donateurs, l’Union européenne et les agences des Nations unies — intervienne avec un financement de transition pour l’AP façonnera également les résultats pour les enseignants et les étudiants palestiniens sur le terrain.
Pour les familles palestiniennes à travers la Cisjordanie, la fermeture des salles de classe n’est pas une abstraction. C’est la réalité quotidienne des enfants à la maison au lieu d’être à l’école, des enseignants incapables de couvrir les dépenses du ménage, et d’une institution publique qui est vidée — non pas par un dysfonctionnement, mais par la rétention délibérée de fonds que le droit international exige qui soient transférés. Le reportage de Mondoweiss souligne que ce qui est en jeu n’est pas simplement une ligne budgétaire, mais l’avenir éducatif de toute une génération vivant sous occupation.
Source : Mondoweiss, 29 juin 2026
Palestinian writer and researcher documenting life under occupation, drawing on primary sources from B’Tselem, Al-Haq, OCHA oPt, Amnesty, Human Rights Watch, and named scholars.