Un village effacé, puis reconstruit — encore et encore

Dans les collines calcaires arides au sud d’Hébron, la communauté bédouine palestinienne de Susiya vit sous la menace de la démolition depuis près de quatre décennies. Ce qui a commencé par un effacement catastrophique unique en 1986 s’est transformé en une épreuve multigénérationnelle épuisante — au cours de laquelle des maisons, des écoles, des citernes d’eau et des panneaux solaires ont tous été classifiés par les autorités israéliennes comme des structures à détruire.

Le village original de Susiya se trouvait sur une terre où les familles cultivaient et élevaient du bétail depuis des générations. En 1986, les autorités israéliennes ont expulsé la communauté de ses maisons et déclaré la zone un site archéologique — les ruines d’une ancienne synagogue. Les résidents ont été forcés de quitter la terre qu’ils avaient travaillée et de se réinstaller sur les collines environnantes. Comme l’a documenté B’Tselem, la communauté s’est reconstruite dans la région voisine — pour faire face à nouveau à une démolition en 2001, quand l’armée israélienne a détruit le nouveau village pendant la deuxième Intifada. Les familles se sont relocalisées une fois de plus, érigant des tentes et des abris aux toits en tôle sur ce qui restait de leur terre enregistrée. Cette troisième itération de Susiya est celle qui existe aujourd’hui — et elle vit sous des ordres de démolition permanents depuis au moins 2012.

L’architecture de la dépossession dans les collines du sud d’Hébron

Susiya se situe en Zone C, environ 60 pour cent de la Cisjordanie qui reste sous contrôle civil et militaire israélien total selon les Accords d’Oslo. En Zone C, les Palestiniens doivent obtenir des permis de construction israéliens pour construire quoi que ce soit — une exigence qui, en pratique, est presque impossible à satisfaire. Le Comité israélien contre les démolitions de maisons (ICAHD) a documenté comment le système de permis fonctionne non pas comme une réglementation de planification neutre mais comme un mécanisme structurel pour restreindre la présence palestinienne et étendre les colonies israéliennes. Les taux d’approbation pour les demandes de construction palestiniennes en Zone C sont négligeables ; la grande majorité sont rejetées ou simplement ignorées.

Le résultat pratique pour Susiya est que presque chaque structure du village — des maisons construites à partir de métal ondulé et de toile, une clinique médicale, une école, des citernes capturant l’eau de pluie — existe sous un ordre de démolition. OCHA oPt a à plusieurs reprises signalé Susiya dans ses rapports Protection of Civilians comme l’une des communautés les plus gravement menacées des collines du sud d’Hébron, une région où la violence liée aux colons et les activités de démolition sont parmi les plus élevées jamais enregistrées en Cisjordanie.

Pour les roughly 340 résidents de Susiya — beaucoup d’entre eux des enfants — l’incertitude n’est pas abstraite. Elle façonne chaque décision : réparer ou non un mur qui s’effrite, planter ou non un champ, envoyer ou non les enfants dans une structure que les autorités israéliennes pourraient réduire en ruines avant la fin de l’année scolaire.

Panneaux solaires de Susiya saisis : le développement comme cible

La vulnérabilité de la communauté a été mise en lumière sur la scène internationale en 2016, quand les autorités israéliennes ont confisqué un ensemble de panneaux solaires financés par l’Union européenne et installés pour fournir à Susiya un approvisionnement électrique basique. Les panneaux — une intervention humanitaire modeste pour une communauté sans accès au réseau électrique israélien — ont été saisis au motif qu’ils constituaient des structures non autorisées en Zone C.

La confiscation a suscité des protestations formelles de la part de responsables de l’Union européenne et renouvelé l’attention des organisations de défense des droits humains. La documentation de B’Tselem concernant cet incident a illustré un schéma visible dans toute la Zone C : même les infrastructures les plus élémentaires fournies aux Palestiniens par des donateurs internationaux sont sujettes aux mesures d’exécution israéliennes. Des citernes d’eau, des systèmes solaires et des salles de classe préfabriquées données par des gouvernements européens ont tous été démolis ou saisis dans les collines du sud d’Hébron. Le message intégré dans chaque saisie, comme l’ont observé à la fois ICAHD et B’Tselem, est que le développement palestinien lui-même est impermissible.

L’usure lente : vivre sous une menace permanente

Ce qui distingue la situation de Susiya d’un acte unique de déplacement dramatique est sa qualité implacable et au ralenti. Les ordres de démolition émis en 2012 n’ont pas été immédiatement exécutés. Au lieu de cela, ils ont plané sur la communauté pendant des années — litigés devant les tribunaux israéliens, signalés par des organismes internationaux et périodiquement renouvelés — tandis que les résidents ont continué à vivre dans leurs abris précaires, jamais certains qu’un matin donné apporterait des bulldozers militaires.

Les chercheurs de terrain de B’Tselem ont documenté ce schéma dans les collines du sud d’Hébron : des communautés maintenues dans un état de précarité gérée, où la menace de démolition fonctionne comme une forme de coercition même quand les bulldozers n’arrivent pas. La propriété n’est pas détruite — mais elle n’est pas non plus sûre. La vie continue, mais dans des conditions conçues, comme l’a soutenu B’Tselem, pour rendre la présence palestinienne en Zone C insoutenable.

Les familles de Susiya ont refusé, à trois reprises, d’être effacées. Elles se sont reconstruites après 1986. Elles se sont reconstruites après 2001. Elles ont résisté à chaque ordre de démolition et à chaque acte de saisie d’infrastructure depuis. Leur persistance n’est pas un geste politique — c’est le travail quotidien, peu glamour, de rester sur une terre qui est documentée, enregistrée, et leur.

Sources

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