La dimension financière de la Nakba : comment la richesse palestinienne a été saisie en 1948

Lors de la création de l’État d’Israël en 1948 et de l’expulsion ou de la fuite d’environ 750 000 Palestiniens de leurs foyers dans ce que les Palestiniens appellent la Nakba — un mot arabe signifiant « catastrophe » — la dépossession ne s’est pas limitée aux maisons, aux oliveraies et aux villages. Selon les reportages de Mondoweiss, les Palestiniens ont également perdu accès à leurs comptes bancaires, à leurs économies et à leurs richesses financières accumulées. Cette base économique volée, s’accumulant sur près de huit décennies, est estimée aujourd’hui à plus de cent milliards de dollars — un chiffre qui place la Nakba parmi les plus grands actes de dépossession économique documentés dans l’histoire moderne.

Ce qui s’est passé : terres, maisons — et comptes bancaires

La mémoire historique conventionnelle de la Nakba se concentre sur le physique : la destruction de plus de 500 villages palestiniens, la saisie des terres agricoles et la perte de maisons qu’les familles occupaient depuis des générations. Mais la dimension financière de cette dépossession a reçu relativement peu d’attention publique. Comme l’enquête de Mondoweiss le met en évidence, les Palestiniens qui ont été expulsés ou forcés de fuir ont également perdu accès aux comptes bancaires qu’ils détenaient — des économies qui ont été gelées, absorbées ou simplement rendues inaccessibles alors que les institutions et les structures juridiques de la Palestine mandataire étaient dissoutes et remplacées par celles du nouvel État israélien.

Ce n’était pas un résultat accidentel de la guerre. Les mécanismes de dépossession ont été formalisés par la législation israélienne. Des lois telles que la Loi sur les biens des absents de 1950 ont désigné les Palestiniens qui avaient fui ou avaient été expulsés — même ceux qui sont restés dans ce qui est devenu Israël — comme des « absents », permettant à l’État de transférer leurs biens, y compris leurs biens financiers, à un Dépositaire des biens des absents. L’effet était de couper les Palestiniens de leur propre richesse par des instruments juridiques, pas seulement par la force physique.

Qui a été affecté

Les Palestiniens qui ont perdu des actifs financiers en 1948 provenaient de tous les horizons. Des professionnels urbains, des marchands et des propriétaires terriens dans des villes telles que Haïfa, Jaffa, Jérusalem et Acre détenaient des comptes dans des banques qui opéraient sous le Mandat britannique. Quand ces individus ont été déplacés — que ce soit vers Gaza, la Cisjordanie, la Jordanie, le Liban ou au-delà — ils ne pouvaient pas revenir pour réclamer leurs fonds. Leurs descendants, maintenant dispersés dans des camps de réfugiés et des communautés de diaspora s’étendant sur plusieurs continents, ont hérité non seulement de la mémoire des foyers perdus mais aussi de l’exclusion juridique et économique qui s’est accumulée au fil des générations.

L’ampleur de la population affectée est importante. L’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA) enregistre plus de cinq millions de réfugiés palestiniens aujourd’hui — les descendants de ceux déplacés en 1948. Pour beaucoup, la perte d’actifs financiers à ce moment fondateur signifiait que les familles entraient en déplacement sans les réserves économiques qui auraient pu amortir l’apatridie et l’exil.

Le schéma plus large de la dépossession documentée

Le vol financier identifié dans ce reportage s’inscrit dans un schéma bien documenté plus large de dépossession palestinienne qui n’a pas pris fin en 1948. Des organisations telles que B’Tselem, Al-Haq et Human Rights Watch ont largement documenté la confiscation continue des terres et des biens palestiniens en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est, où l’expansion des colonies israéliennes continue de déplacer les familles palestiniennes. L’Office de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA oPt) documente régulièrement les démolitions de structures palestiniennes et les déplacements forcés dans le territoire occupé.

Les cadres juridiques internationaux — y compris la Quatrième Convention de Genève et les résolutions successives de l’Assemblée générale des Nations unies, notamment la Résolution 194, qui affirme le droit des réfugiés palestiniens au retour et à la compensation — ont longtemps reconnu les revendications de propriété palestiniennes. Néanmoins, aucun mécanisme de restitution ou de compensation n’a été établi ou mis en œuvre pour les actifs perdus en 1948.

La question du jugement

La valeur estimée à plus de cent milliards de dollars en richesse financière palestinienne volée représente un passif énorme et largement non reconnu. Les historiens et les juristes travaillant sur les cadres de réparation ont noté que le défi de quantifier les pertes palestiniennes — à travers les terres, les structures, les actifs agricoles et les avoirs financiers — est rendu plus difficile par la destruction délibérée des dossiers et le passage du temps. Cependant, l’ampleur de l’estimation souligne pourquoi les militants palestiniens et les organes juridiques internationaux ont continué à insister sur le fait que toute résolution durable de la question palestinienne doit inclure un compte honnête de ce qui a été pris en 1948.

La Nakba n’était pas seulement une catastrophe humanitaire. Elle était aussi, comme ce reportage le rend clair, une rupture économique complète — dont les conséquences continuent à façonner la vie, la pauvreté et le déplacement palestiniens jusqu’à ce jour. Jusqu’à ce que les dimensions financières de 1948 soient documentées, reconnues et traitées aux côtés de son bilan physique et humain, le poids complet de ce qui a été perdu reste incompletement compris.


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