Israël déplace du bétail de colons en territoire syrien, reproduisant les tactiques de saisie de terres en Cisjordanie
Une méthode longtemps documentée par les observateurs des droits humains en Cisjordanie occupée — le déploiement de bergers colons avec du bétail pour revendiquer et tenir des terres — est désormais appliquée au-delà du territoire palestinien. Selon un rapport de Mondoweiss, un colon israélien, opérant avec le soutien de l’État, a déplacé un troupeau de 140 bovins sur des pâturages syriens dans une zone identifiée comme Wadi Toemm. Ce développement signale que l’infrastructure de l’expansion coloniale, affinée au cours des décennies contre les communautés palestiniennes, pourrait désormais servir les ambitions territoriales israéliennes en Syrie suite à l’incursion militaire d’Israël en territoire syrien fin 2024.
Ce qui s’est passé
L’incident signalé concerne un colon israélien établissant ce qui est décrit comme un « avant-poste de bergers » à Wadi Toemm, une zone pastorale en territoire syrien. Le colon est arrivé avec 140 têtes de bétail. Selon le rapport de Mondoweiss, ce mouvement est soutenu par l’État israélien — reproduisant le modèle dans lequel le gouvernement israélien a fourni une couverture juridique, une infrastructure, une protection militaire et un soutien financier aux avant-postes de bergers colons qui s’étendent sur les terres de pâturage et agricoles palestiniennes à travers la Cisjordanie.
Le calendrier suit l’opération militaire israélienne de décembre 2024 en Syrie du Sud après l’effondrement du gouvernement d’Assad, au cours de laquelle les forces israéliennes ont saisi la zone tampon établie selon l’accord de désengagement de 1974 et ont pénétré plus avant en territoire syrien. Des responsables israéliens ont depuis parlé ouvertement du maintien d’une présence à long terme dans certaines parties du sud de la Syrie.
Le modèle de Cisjordanie
Le modèle « d’avant-poste de bergers » a été documenté de manière exhaustive en Cisjordanie occupée par des organisations notamment B’Tselem, Al-Haq et le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA). Le mécanisme fonctionne selon une séquence reconnaissable : un colon ou un petit groupe de colons déplace du bétail sur des terres — souvent des terres agricoles ou de pâturage palestiniennes — établissant parfois une structure rudimentaire. Les forces militaires israéliennes déclarent alors la zone comme zone militaire fermée ou fournissent des escortes armées. Les agriculteurs et bergers palestiniens qui tentent d’accéder à leurs terres font face à la violence, à des obstacles juridiques ou à l’expulsion pure et simple. Au fil du temps, l’avant-poste est formalisé, des routes sont construites, et ce qui a commencé comme un homme avec un troupeau devient un nœud de colonie reconnu.
B’Tselem a documenté comment cette tactique s’est accélérée de manière spectaculaire après 2020, avec la violence des colons contre les communautés de bergers palestiniens dans les collines du sud d’Hébron, la vallée du Jourdain et la région de Nablus, déplaçant des communautés palestiniennes entières de terres que leurs familles cultivaient depuis des générations. Les rapports périodiques de l’OCHA sur la Cisjordanie ont enregistré le déplacement forcé des communautés bédouines et de bergers palestiniens comme conséquence directe de l’expansion des avant-postes soutenue par la violence des colons et la complicité militaire israélienne.
Qui est concerné
Dans le contexte syrien, les communautés les plus immédiatement menacées sont les résidents syriens — agriculteurs, bergers et villageois — vivant dans et autour des zones où les forces israéliennes ont établi une présence. Wadi Toemm, identifiée dans le rapport comme le lieu du déploiement de ce bétail, est une zone de pâturage : une terre dont la valeur est directement liée à la capacité des communautés locales à faire paître leurs animaux et à maintenir leurs moyens de subsistance. L’introduction d’un troupeau de colons soutenu par l’État, sous la protection que la présence militaire israélienne dans la région implique, menace de fermer cet accès de manière que les Syriens vivant sous l’occupation militaire israélienne auraient peu de recours juridique pour contester.
Les communautés palestiniennes qui observent depuis la Cisjordanie reconnaîtront le modèle intimement. Pour elles, cette exportation du modèle de colonisation n’est pas une abstraction — c’est une logique sous laquelle elles vivent depuis des décennies.
Le cadre juridique et géopolitique plus large
Selon le droit international humanitaire, une puissance occupante est interdite de transférer sa population civile dans un territoire occupé — le principe consacré dans la Quatrième Convention de Genève et réaffirmé à plusieurs reprises par la Cour internationale de justice, notamment dans son avis consultatif historique de 2004 sur le mur de séparation et son avis consultatif de 2024 sur l’illégalité de l’occupation prolongée par Israël du territoire palestinien. Ces arrêts, bien que centrés sur la Palestine, articulent des principes que les juristes soutiennent s’appliquer partout où une puissance occupante installe des colons civils sur des terres saisies.
Israël n’a pas formellement annexé le territoire syrien qu’il contrôle actuellement, mais l’établissement de civils — même un seul colon avec du bétail — porte un poids juridique et politique comme précurseur potentiel à des revendications d’annexion formalisées, une trajectoire qui reflète l’histoire de l’expansion des colonies israéliennes en Cisjordanie et dans le Golan, qu’Israël a annexé en 1981 dans un geste non reconnu par la plupart de la communauté internationale.
À surveiller
- Si des avant-postes supplémentaires suivent — en Cisjordanie, l’avant-poste de bergers a systématiquement été une ligne de front, pas un point d’arrivée.
- La capacité de surveillance internationale — contrairement à la Cisjordanie, où l’OCHA, B’Tselem, Al-Haq et d’autres maintiennent une présence sur le terrain, l’infrastructure de documentation en territoire syrien contrôlé par Israël est gravement limitée.
- Le déplacement des communautés syriennes — si les résidents de Wadi Toemm et des zones environnantes font face à la perte d’accès aux pâturages que les communautés palestiniennes ont expérimentée dans des conditions équivalentes.
- Les déclarations du gouvernement israélien — tout mouvement visant à légalement régulariser la présence des colons en Syrie, comme cela a été fait à plusieurs reprises avec les avant-postes de Cisjordanie, représenterait une escalade importante.
Le bétail à Wadi Toemm représente quelque chose de plus grand qu’un troupeau sur une seule colline. Il porte une méthode — patiente, progressive, soutenue par l’État — que les communautés palestiniennes ont regardée vider leur accès aux terres pendant des décennies. Que les observateurs internationaux puissent documenter ce qui se passe ensuite en territoire syrien, et que des cadres juridiques soient invoqués pour réagir, reste une question ouverte avec des conséquences qui s’étendent bien au-delà de n’importe quel pâturage unique.
Palestinian writer and researcher documenting life under occupation, drawing on primary sources from B’Tselem, Al-Haq, OCHA oPt, Amnesty, Human Rights Watch, and named scholars.