Les agriculteurs de Gaza face aux ruines d’un secteur agricole décimé
Quand un cessez-le-feu ou une pause dans les combats permet aux gens de se déplacer, l’instinct de retourner à la terre est parmi les impulsions humaines les plus fondamentales — une affirmation de la vie, de la continuité et de la dignité. Pour les agriculteurs de Gaza, ce retour se fait désormais vers des champs qui sont à peine reconnaissables : ensevelis sous les décombres, parsemés de munitions non explosées, dépouillés d’infrastructures d’irrigation, et coupés des semences, de l’équipement et du carburant nécessaires pour recommencer. Avec les Nations unies et les observateurs humanitaires documentant la destruction quasi totale du secteur agricole de Gaza sur plus de dix-huit mois de guerre, la question de savoir comment — et si — les agriculteurs palestiniens peuvent se reconstruire est inséparable de la question de savoir si Gaza elle-même peut survivre en tant que lieu où la vie humaine est soutenue.
L’ampleur de la destruction agricole
Le chiffre seul est stupéfiant : 96 pour cent des terres agricoles de Gaza ont été détruites. Le secteur agricole de Gaza — englobant les agrumeries, les vergers d’oliviers, les parcelles de légumes, les installations d’élevage, les serres et les infrastructures de pêche le long de la côte méditerranéenne — avait déjà été limité pendant près de deux décennies par le blocus israélien du territoire, qui a restreint l’importation d’intrants agricoles et l’exportation de produits. Ce que ce blocus avait diminué au cours des années, la campagne militaire l’a accéléré vers une quasi-annihilation.
Le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a documenté la destruction généralisée des infrastructures civiles dans toute Gaza, y compris les terres agricoles, dans ses rapports réguliers de situation sur le territoire palestinien occupé. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a également signalé l’effondrement des systèmes de production alimentaire à Gaza comme un facteur de l’insécurité alimentaire aigüe, que les observateurs indépendants et les organismes des Nations unies ont décrite comme atteignant des conditions de famine dans certaines parties du territoire.
Pour les agriculteurs qui tentent de retourner sur leurs terres, les dangers physiques s’ajoutent aux risques économiques. Les munitions non explosées — obus, bombes et autres munitions qui n’ont pas explosé à l’impact — gisent désormais sous ou enfoncées dans le sol dans de grandes portions de Gaza. Tenter de labourer, de planter ou d’irriguer comporte un risque direct pour la vie, et l’enlèvement de ces munitions nécessite des équipes spécialisées et de l’équipement qui font désespérément défaut à l’intérieur du territoire.
Le blocus comme obstacle structurel au rétablissement
Même là où les agriculteurs peuvent accéder en sécurité à leurs terres, le blocus continu de Gaza par Israël est signalé comme rendant la reprise agricole presque impossible. La reprise nécessite des semences adaptées à la saison de croissance, des engrais, des pesticides, des tuyaux et pompes d’irrigation de remplacement, du carburant pour alimenter l’équipement, et les moyens de transporter les produits. Selon le cadre du blocus qui régit Gaza depuis 2007 — renforcé considérablement pendant et après la campagne militaire actuelle — l’entrée de biens dans le territoire a été soumise au contrôle israélien, et les intrants agricoles ont historiquement figuré parmi les catégories soumises à restriction au motif d’un double usage potentiel.
Les organisations de défense des droits humains, notamment Al-Haq, Amnesty International et Human Rights Watch, ont soutenu dans des rapports publiés que le blocus lui-même constitue un châtiment collectif de la population civile de Gaza, une pratique interdite en vertu du droit humanitaire international. La restriction prolongée des intrants agricoles a, au fil des années, miné structurellement la capacité de Gaza à l’autosuffisance alimentaire — et le niveau actuel de destruction fait de l’approvisionnement extérieur non pas un supplément à la production locale mais la différence entre la famine et la survie.
Qui porte le poids
Les agriculteurs de Gaza ne sont pas une abstraction. L’agriculture était, avant la guerre, l’un des rares secteurs économiques productifs disponibles pour une population vivant sous blocus avec une très grande liberté de mouvement restreinte. Les familles d’agriculteurs — dont beaucoup sont elles-mêmes des descendants de Palestiniens déplacés de villages à l’intérieur de ce qui est maintenant Israël en 1948, la Nakba — avaient au fil des générations reconstruit des moyens de subsistance liés à la terre à laquelle ils pouvaient accéder. La destruction de cette terre, et les obstacles à sa reprise, représentent non seulement un coup économique mais aussi une rupture du tissu social et de l’identité intergénérationnelle que l’agriculture soutient.
À surveiller
La trajectoire de la reprise agricole de Gaza dépendra fortement de savoir si l’accès aux intrants agricoles est autorisé à une échelle significative, si les opérations de déminage peuvent être suffisamment dotées en ressources, et si un cessez-le-feu ou un arrangement politique quelconque produit des conditions permettant une culture durable plutôt qu’un déplacement répété. Le suivi par l’OCHA, la FAO et des organisations comme Euro-Med Human Rights Monitor restera essentiel pour documenter tant les progrès que les obstacles continus.
Pour l’instant, les agriculteurs de Gaza commencent — au sens le plus littéral — à creuser. Ce qu’ils trouveront sous la surface, et ce qu’on les laissera apporter de l’extérieur, déterminera si ce travail peut soutenir la vie ou reste un acte d’espoir face à des odds écrasantes.
Palestinian writer and researcher documenting life under occupation, drawing on primary sources from B’Tselem, Al-Haq, OCHA oPt, Amnesty, Human Rights Watch, and named scholars.