Les agriculteurs de Gaza retournent aux champs ensevelis sous les décombres et les munitions non explosées

Près de deux ans après la dévastation infligée à la bande de Gaza, les agriculteurs palestiniens tentent de reprendre possession de terres que le conflit a rendu presque méconnaissable. Avec 96 pour cent des terres agricoles de Gaza rapportées comme détruites, les personnes qui nourrissaient leurs familles et leurs communautés par l’agriculture sont confrontées à des champs étouffés par les décombres, des sols contaminés et des munitions non explosées — tout cela tandis qu’un blocus israélien continue d’entraver le flux de semences, d’équipements et de matériaux de reconstruction nécessaires pour entreprendre même la récupération la plus élémentaire. Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement un secteur économique, mais un mode de vie, un système alimentaire et la capacité à long terme des Palestiniens de Gaza à subvenir à leurs besoins sur leurs propres terres.

L’ampleur de la destruction agricole

Le chiffre au cœur de cette histoire — 96 pour cent des terres agricoles de Gaza détruites — signale un effondrement quasi total de la base agricole du territoire. Le secteur agricole de Gaza avant le conflit actuel comprenait des vergers d’agrumes, des oliveraies, des potagers et des exploitations de serres qui avaient soutenu les familles palestiniennes pendant des générations, même dans les conditions du blocus qu’Israël a imposé après 2007. La destruction de ce secteur signifie la perte non seulement de cultures et de récoltes, mais aussi d’infrastructures d’irrigation, d’équipements agricoles, d’installations de stockage et de l’investissement accumulé au cours de décennies.

Les agriculteurs qui retournent à leurs terres font maintenant face à un paysage transformé par le bombardement. Les décombres — le vestige physique de maisons, de routes et de structures agricoles détruites — couvrent des champs autrefois productifs. Sous la surface, les munitions non explosées constituent une menace directe pour quiconque tente de labourer ou de planter. Le nettoyage de telles munitions est un travail fastidieux et dangereux qui nécessite un équipement et une expertise spécialisés, des ressources qui sont en très court approvisionnement à l’intérieur du territoire.

Le blocus comme obstacle à la récupération

Même là où les agriculteurs possèdent la volonté et la capacité physique de commencer à reconstruire, le blocus israélien serait rendu la récupération presque impossible. Le blocus — qui précède le conflit actuel et a longtemps été documenté par les agences des Nations unies, y compris l’OCHA, comme restreignant sévèrement le mouvement des biens vers et depuis Gaza — aurait, selon plusieurs comptes rendus, se resserré dramatiquement depuis octobre 2023. Les semences, les engrais, les outils agricoles, le carburant pour les machines et les pièces détachées pour les systèmes d’irrigation figurent parmi les catégories de biens dont l’entrée à Gaza a été restreinte ou bloquée complètement à divers moments.

L’OCHA, qui surveille la situation humanitaire sur le territoire palestinien occupé, a à plusieurs reprises documenté comment les restrictions aux importations nuisent non seulement aux efforts de secours immédiats, mais aussi à la récupération à long terme. Sans les intrants nécessaires pour planter et cultiver les cultures, les agriculteurs ne peuvent pas produire de nourriture même si les terres sous eux étaient dégagées et prêtes.

Qui porte le poids de cet effondrement

Les communautés les plus directement touchées sont celles dont les moyens de subsistance dépendaient de la terre : les familles d’agriculteurs à travers Gaza qui dépendaient de l’agriculture pour leurs revenus et leur subsistance. Au-delà des ménages individuels, la destruction de la production alimentaire locale approfondit la dépendance de Gaza à l’aide extérieure à un moment où l’entrée de cette aide elle-même a été sévèrement restreinte. Les conséquences humanitaires se renforcent mutuellement — les terres agricoles endommagées, un blocus resserré et une population déjà déplacée et en situation d’insécurité alimentaire sont des éléments d’une crise que les surveillants de la sécurité alimentaire, y compris les agences de l’ONU, ont décrite en termes d’insécurité alimentaire catastrophique et, par moments, au niveau de la famine.

Les agriculteurs palestiniens qui retournent à leurs terres s’engagent dans un acte de persévérance dans des conditions qui rendent même une récupération modeste une entreprise extraordinaire. Le danger physique des munitions non explosées, l’absence d’intrants élémentaires, l’ampleur de la destruction des infrastructures et les restrictions aux importations forment ensemble un ensemble de barrières qui vont bien au-delà de ce que la récupération agricole post-conflit normale implique généralement.

Le modèle plus large : la terre, l’agriculture et la vie palestinienne

La destruction des terres agricoles s’inscrit dans une plus longue histoire documentée de dépossession et de restriction foncières que les organisations palestiniennes de défense des droits — parmi elles Al-Haq, B’Tselem et Human Rights Watch — ont suivie au cours des décennies. Pour les Palestiniens de Gaza en particulier, l’agriculture a représenté l’une des rares bases économiques restantes disponibles sous le blocus. Sa destruction systématique, aux côtés de la destruction de maisons, d’hôpitaux et d’infrastructures civiques, est une partie de ce que les observateurs internationaux des droits humains et les organes juridiques ont examiné dans le contexte des obligations en vertu du droit international humanitaire.

À surveiller

La trajectoire de la récupération agricole de Gaza dépendra largement du fait que le blocus soit levé ou substantiellement allégé, et du fait que les mécanismes internationaux puissent faciliter la livraison d’intrants agricoles aux côtés de l’aide alimentaire et médicale. Les organisations qui surveillent Gaza — y compris l’OCHA et les agences alimentaires de l’ONU — seront des sources essentielles pour suivre si les conditions nécessaires même à une récupération limitée sont en cours de création. Pour les agriculteurs palestiniens, chaque saison qui passe sans la capacité de planter est une saison au cours de laquelle la perspective de reconstruire un système alimentaire autosuffisant s’éloigne davantage.

Le retour des agriculteurs de Gaza à leurs champs est un témoignage de l’endurance. Le fait que cette endurance puisse se traduire par une véritable récupération reste, dans les conditions actuelles, profondément incertain.

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