Construites pour apprendre, ordonnées de disparaître : démolitions d’écoles en Zone C et enfants palestiniens

Dans les communautés des collines rocheuses dispersées à travers la Zone C de la Cisjordanie occupée — environ 60 pour cent des terres de Cisjordanie sous contrôle civil et militaire israélien complet — aller à l’école peut signifier s’asseoir dans une structure qui porte sa propre ordonnance de démolition. Pour les enfants palestiniens dans les communautés d’éleveurs et bédouines, la salle de classe elle-même est précaire : construite avec un financement international, parfois édifiée à partir de pneus récupérés et de boue, et constamment exposée à l’application de la loi par l’Administration civile israélienne qui peut arriver sans avertissement et réduire une école en ruines en une seule matinée.

Selon OCHA oPt, les autorités israéliennes exigent que la construction palestinienne en Zone C — y compris les écoles, les citernes d’eau et les abris — obtienne des permis par le biais d’un système de planification qui, en pratique, approuve presque aucune demande palestinienne. Les rapports de Protection des civils d’OCHA ont constamment documenté que le refus quasi total de permis de construire force les communautés à construire sans autorisation ou à se passer complètement d’infrastructures. Les écoles construites dans ces conditions deviennent alors des cibles pour les démolitions et les ordres d’arrêt des travaux.

Khan al-Ahmar : l’école de pneus qui est devenue un symbole

Aucune école en Zone C n’a attiré plus d’attention internationale soutenue que la structure de Khan al-Ahmar, une communauté bédouine de la tribu Jahalin située entre Jérusalem et Jéricho le long de la route du bloc de peuplement de Ma’ale Adumim. L’école — construite en 2009 avec le soutien d’une organisation humanitaire italienne, ses murs fabriqués en partie à partir de pneus en caoutchouc compactés recouverts de boue — sert les enfants de Khan al-Ahmar et des communautés voisines qui n’ont pas d’autre option locale.

Les autorités israéliennes ont émis des ordonnances de démolition contre l’école et la communauté plus large de Khan al-Ahmar au motif que les structures manquaient de permis — des permis que l’Administration civile n’a jamais mis à disposition de cette communauté. La Cour suprême israélienne a jugé en 2018 que la démolition du village entier, y compris l’école, pouvait légalement procéder. Cette décision a attiré des condamnations des Nations unies, de l’Union européenne et d’une série d’organisations de défense des droits humains. UNICEF oPt a avertit que la démolition priverait des dizaines d’enfants de leur seule école à proximité et contribuerait au déplacement forcé de la communauté.

Selon les périodes de rapport les plus récentes, Khan al-Ahmar n’a pas été démoli — la pression diplomatique internationale soutenue a retardé l’application — mais les ordonnances de démolition restent légalement en vigueur. La communauté et l’école de pneus existent dans une condition de danger juridique permanent.

Ein Samiya et le schéma des écoles financées par des donateurs détruites

Khan al-Ahmar n’est pas un cas isolé. La communauté d’éleveurs d’Ein Samiya, dans les collines de Cisjordanie centrale au nord-est de Ramallah, a fait face au démantèlement de structures comprenant des espaces éducatifs malgré l’implication de donateurs internationaux dans leur construction. Les mises à jour du Cluster éducatif d’OCHA oPt ont suivi un schéma plus large : à travers la Zone C, des structures financées par des gouvernements européens et des organisations humanitaires — des salles de classe préfabriquées, des tentes d’apprentissage et des bâtiments scolaires permanents — ont été démolis ou confisqués par les autorités israéliennes.

Le Norwegian Refugee Council (NRC) a documenté des cas dans lesquels des structures de salle de classe qu’il avait aidé à financer ont par la suite reçu des ordonnances de démolition ou ont été physiquement enlevées. Les rapports du NRC décrivent les communautés forcées dans des cycles de reconstruction : une salle de classe est construite, démolie, reconstruite avec des fonds de donateurs frais, et démolie à nouveau. Save the Children Palestine a également signalé l’impact psychologique que ce cycle inflige aux enfants, pour qui la destruction de leur école aggrave l’instabilité plus large de la vie sous occupation en Zone C.

Les chiffres d’OCHA montrent qu’entre 2009 et les années récentes, des centaines de structures palestiniennes en Zone C — y compris les installations éducatives — ont été démolies annuellement. En 2022 seul, OCHA a enregistré l’un des taux annuels de démolitions les plus élevés en Cisjordanie depuis des années, avec des déplacements affectant des milliers de Palestiniens, parmi eux des familles avec des enfants d’âge scolaire dont l’accès à l’éducation a été directement coupé.

Ce que la démolition signifie pour les enfants palestiniens au quotidien

Les conséquences de la démolition d’écoles en Zone C ne sont pas abstraites. UNICEF oPt a signalé que les enfants palestiniens en Zone C font face à certains des obstacles les plus aigus à l’éducation dans le territoire occupé : longues distances vers l’école fonctionnelle la plus proche, conditions routières dangereuses, pauvreté qui rend le transport impossible pour de nombreuses familles, et le traumatisme cumulatif de regarder les infrastructures communautaires être répétitivement détruites.

Quand une école est démolie, les enfants manquent souvent des semaines ou des mois de scolarité tandis que les communautés négocient avec les donateurs et les autorités pour les structures de remplacement — des structures qui peuvent elles-mêmes faire face à de nouvelles ordonnances. Pour les filles dans les communautés d’éleveurs conservatrices, l’obstacle s’élève davantage : la distance et les préoccupations de sécurité signifient que sans une école locale, de nombreuses filles ne fréquentent pas l’école du tout.

Le travail de coordination du Cluster éducatif d’OCHA a tenté de documenter et de répondre à ces perturbations, mais la cause structurelle — le refus des droits de planification aux Palestiniens en Zone C combiné à l’application active des ordonnances de démolition — reste sans adresse. Les murs de pneus de l’école de Khan al-Ahmar se dressent comme peut-être l’emblème le plus visible de ce que les communautés palestiniennes construisent quand on ne leur laisse aucun autre choix, et ce qu’on leur dit doit être démoli.

Sources

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