Un voyage qui devrait prendre quelques minutes, étirée sur des heures
Un chauffeur de camion palestinien transportant une cargaison d’huile d’olive, de pierre ou de textiles ne conduit pas sa cargaison d’une usine en Cisjordanie à un port israélien, ni à travers le pont Allenby en Jordanie, et ne rentre à la maison. Il ne peut pas. Selon la politique de fermeture israélienne, les véhicules commerciaux immatriculés en Palestine sont interdits d’entrée en Israël et, dans la plupart des configurations, ne peuvent pas traverser directement en Jordanie. Au lieu de cela, sa cargaison doit être physiquement déchargée de son camion, transférée à travers une limite de point de contrôle, et rechargée sur un véhicule différent — immatriculé de l’autre côté. Cette procédure, répétée à chaque point de passage des marchandises, est connue sous le nom de système dos-à-dos.
Le nom est clinique. La réalité, documentée au fil des années par les rapports de la CNUCED, de la Banque mondiale et des organismes palestiniens du commerce, est une charge économique structurelle intégrée au mouvement de chaque palette, de chaque caisse et de chaque lot de marchandises que les producteurs palestiniens tentent d’envoyer au marché.
Comment fonctionne le système dos-à-dos à Tarqumiya et Allenby
Les modalités varient légèrement selon le point de passage mais suivent la même logique. À Tarqumiya, le principal point de passage commercial entre le sud de la Cisjordanie et Israël, un camion palestinien arrive, subit un contrôle de sécurité israélien — un processus qui peut prendre des heures ou une journée de travail entière — puis décharge sa cargaison du côté israélien, où un camion immatriculé en Israël la prend en charge. Le chauffeur palestinien fait demi-tour et rentre chez lui.
Au pont de marchandises d’Allenby — le passage au-dessus du Jourdain reliant la Cisjordanie à la Jordanie — l’arrangement est tout aussi restrictif. Les exportateurs palestiniens ne peuvent pas acheminer les marchandises directement vers la Jordanie en utilisant leurs propres véhicules. La cargaison doit passer par les protocoles d’inspection et de transfert contrôlés par Israël avant d’atteindre les camions jordaniens en attente de l’autre côté. Les commerçants palestiniens et les exploitants de logistique décrivent le passage comme fonctionnant sous des couches de contrainte bureaucratique qui rendent les délais d’expédition imprévisibles et les coûts difficiles à contrôler.
Le système s’applique dans les deux directions : les importations arrivant pour les consommateurs palestiniens et les matières premières destinées aux usines palestiniennes font face au même transfert obligatoire. Rien ne se déplace sur un seul véhicule de l’origine à la destination si ce voyage franchit les frontières qu’Israël contrôle.
Le coût économique : des milliards perdus, la compétitivité érodée
La CNUCED — Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement — a suivi les contraintes structurelles de l’économie palestinienne pendant des décennies. Ses recherches, disponibles via la page thématique de la CNUCED sur le peuple palestinien, identifient régulièrement les restrictions de mouvement et d’accès comme l’obstacle principal au développement économique palestinien, estimant régulièrement que les fermetures israéliennes et les restrictions commerciales coûtent à l’économie palestinienne plusieurs milliards de dollars par an en production et commerce perdus.
Le système dos-à-dos est l’un des mécanismes les plus directs par lesquels ces pertes s’accumulent. Chaque transfert ajoute des coûts : frais de manutention, main-d’œuvre supplémentaire, temps supplémentaire. Les exportateurs palestiniens doivent intégrer ces coûts dans leurs marchandises, rendant les produits palestiniens plus chers et moins compétitifs sur les marchés régionaux et internationaux qu’ils ne le seraient autrement. Les importateurs palestiniens paient plus pour les intrants, ce qui augmente le coût de production dans tous les secteurs qui dépendent des matières premières ou des machines importées.
Les évaluations de la Banque mondiale concernant l’économie de la Cisjordanie et de Gaza, disponibles sur la page du pays de la Banque mondiale pour la Cisjordanie et Gaza, ont régulièrement constaté que les coûts commerciaux palestiniens sont dramatiquement plus élevés que ceux des économies comparables, et ont identifié les restrictions sur le mouvement des marchandises — y compris l’exigence de transfert dos-à-dos — comme une raison fondamentale. La Banque mondiale a noté que les exportateurs palestiniens font face à des coûts de transaction par unité qui peuvent être plusieurs fois supérieurs à ceux auxquels font face leurs concurrents régionaux.
PalTrade, le Centre palestinien du commerce, a documenté les conséquences opérationnelles pour les entreprises palestiniennes : incertitude quant aux horaires de passage, dommages aux cargaisons lors de chargements et déchargements répétés, détérioration des produits agricoles périssables — produits frais, fleurs coupées, produits laitiers — qui ne peuvent pas survivre aux délais de transit prolongés que le système impose. Pour les agriculteurs opérant déjà sur des marges minces, un passage retardé ou refusé peut faire la différence entre une récolte viable et une perte totale.
Une politique, pas une inévitabilité
Le système dos-à-dos n’est pas un fait géographique ou une nécessité logistique. C’est un choix politique, maintenu et appliqué par les autorités israéliennes dans le cadre de la fermeture qui gouverne le mouvement palestinien depuis les années 1990 et s’est considérablement resserré après 2000. La CNUCED et la Banque mondiale ont toutes deux noté que l’économie palestinienne ne peut pas atteindre son potentiel tant que cette architecture de restriction reste en place.
Pour le chauffeur de camion palestinien attendant à Tarqumiya tandis que sa cargaison est inspectée, transférée et finalement libérée vers un autre véhicule, le système est simplement la forme de sa journée de travail — une rencontre quotidienne avec une structure conçue, quels que soient ses motifs affichés, pour ralentir, compliquer et taxer le mouvement des marchandises palestiniennes à travers les terres palestiniennes.
Sources
- CNUCED, page thématique du peuple palestinien : unctad.org/topic/palestinian-people
- Banque mondiale, page du pays Cisjordanie et Gaza : worldbank.org/en/country/westbankandgaza
- PalTrade (Centre palestinien du commerce), documentation sur la facilitation du commerce et les passages frontaliers
- OCHA oPt, rapports sur l’accès et le mouvement aux passages de la Cisjordanie