Une catastrophe sanitaire croissante se déploie à Gaza, où la destruction systématique des infrastructures au cours de plus de dix-huit mois de guerre a créé des conditions que les responsables sanitaires avertissent pourraient produire une épidémie de peste. Les infestations de rongeurs propagent la maladie parmi une population déjà privée d’hôpitaux fonctionnels, d’eau potable et d’accès aux évacuations médicales — transformant ce qui pourrait, dans des circonstances ordinaires, être un problème parasitaire gérable en une urgence d’infection de masse documentée sans fin claire en vue.
Ce qui se passe
Plus de 70 000 infections ont été enregistrées à Gaza jusqu’à présent cette année, selon les rapports. L’infestation à l’origine d’une grande partie de ce bilan est directement liée à l’ampleur de la destruction physique causée par les opérations militaires israéliennes : les bâtiments effondrés, les systèmes de traitement des déchets perturbés, et le déplacement de plus d’un million de personnes dans des abris de fortune ont créé des conditions idéales pour que les populations de rongeurs se développent rapidement et s’infiltrent dans les espaces de vie. Les responsables sanitaires cités dans les rapports décrivent des rats mordant les enfants pendant qu’ils dorment — un détail qui capture l’intimité d’une menace qui s’est déplacée des décombres vers les endroits où les familles cherchent du repos.
Les maladies de la peau s’avèrent quant à elles mortelles pour les patients qui ne peuvent pas accéder à un traitement à l’étranger. L’évacuation médicale de Gaza — une bouée de sauvetage pour les cas complexes et chroniques avant la guerre — a été considérablement restreinte. Les personnes qui auraient pu survivre avec des soins spécialisés meurent de conditions qui seraient traitables ailleurs.
Qui supporte le fardeau
Les enfants sont parmi les plus exposés. Les récits de morsures de rats survenant pendant le sommeil pointent vers des familles s’abritant dans des conditions — bâtiments endommagés, tentes, sites de déplacement surpeuplés — qui offrent peu de barrière physique contre l’infestation. Les décès dus à des maladies de la peau indiquent que les adultes et les enfants atteints de conditions traitables restent sans recours alors que le système de référence médicale s’est effondré sous le blocus et les bombardements. La combinaison de l’infection, de la malnutrition et de la dégradation quasi-totale du système de santé de Gaza signifie que les organismes qui pourraient autrement combattre la maladie sont de plus en plus incapables de le faire.
La population de Gaza d’environ 2,3 millions de personnes — la vaste majorité d’entre elles ayant été déplacée au moins une fois depuis octobre 2023, selon les rapports précédents de l’OCHA — vit dans des conditions où l’assainissement de base est largement absent. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) a documenté à plusieurs reprises la destruction de l’eau, de l’assainissement et des infrastructures d’hygiène sur tout le territoire. Sans systèmes d’égouts fonctionnels et collecte des déchets, les conditions environnementales qui soutiennent les populations de rongeurs ne peuvent pas être traitées.
L’avertissement que font les responsables sanitaires
L’élément le plus frappant du rapport source est l’évaluation des responsables sanitaires selon laquelle une épidémie de peste n’est plus une possibilité lointaine. La peste — causée par la bactérie Yersinia pestis, historiquement transmise par les piqûres de puces sur les rongeurs — a été efficacement maîtrisée à l’échelle mondiale par les systèmes de santé publique et les antibiotiques. Dans un territoire où les deux ont été décimés, le chemin menant de l’infestation à l’épidémie devient terriblement court. Les responsables ne décrivent pas un risque hypothétique ; ils décrivent une trajectoire que les conditions actuelles favorisent activement.
Le schéma plus large
Cette crise s’inscrit dans un schéma que les observateurs humanitaires et des droits de l’homme ont documenté depuis le début de l’offensive actuelle. Des organisations telles que l’Organisation mondiale de la santé, l’OCHA, et des organismes de défense des droits de l’homme comme Amnesty International et Human Rights Watch ont documenté le ciblage délibéré ou imprudent d’hôpitaux, l’obstruction de l’aide humanitaire et la destruction des infrastructures civiles à une échelle qui a peu de précédents modernes. La Cour internationale de justice, dans sa décision sur les mesures conservatoires de janvier 2024 dans l’affaire portée par l’Afrique du Sud, a reconnu le risque de préjudice irréparable aux droits des Palestiniens à Gaza — un cadre juridique que la détérioration de la santé publique décrite ici rend de plus en plus concret.
Les maladies infectieuses ne respectent pas les limites des décisions militaires individuelles. La destruction des infrastructures d’assainissement, le surpeuplement des populations déplacées et le blocage des évacuations médicales constituent ensemble l’environnement dans lequel 70 000 infections enregistrées — et le spectre de la peste — sont devenues une réalité.
À surveiller
Les moniteurs sanitaires et les agences humanitaires suivront si le nombre d’infections continue d’augmenter, si des cas de peste ou de conditions apparentées à la peste sont confirmés, et si la pression s’accroît sur les autorités israéliennes et les partenaires internationaux pour rétablir les voies d’évacuation médicale et permettre à l’infrastructure d’assainissement d’être réparée. Le calcul humanitaire est simple : sans accès physique pour les travailleurs humanitaires, les fournitures médicales et les matériaux de reconstruction, les conditions produisant cette crise ne peuvent pas être inversées.
L’urgence sanitaire publique de Gaza n’est plus une conséquence secondaire de la guerre — elle est devenue une crise en soi, une crise que les responsables sanitaires avertissent qu’elle pourrait s’aggraver dans les semaines et mois à venir si les conditions sous-jacentes demeurent inchangées.